Un château XVIIIe siècle méconnu : Asnières.

 

Château d'Asnières. Cliché Ph. Cachau

Le Château et les Haras d'Asnières dans les Hauts-de-Seine

Deux réalisations majeures de Mansart de Sagonne

 

     Bâtis de 1750 à 1755, le château et les haras d'Asnières furent à l'architecture civile de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711-1778), ce que la cathédrale Saint-Louis de Versailles fut à son architecture religieuse : son œuvre-phare. L'architecte avait satisfait en effet les exigences du commanditaire, son ami le marquis Marc-René de Voyer d’Argenson, directeur des haras du roi, réputé comme l'un des premiers mécènes et collectionneurs de son temps. Voyer entendait rivaliser là avec les résidences voisines du duc de Richelieu à Gennevilliers, œuvre de Servandoni ; du non moins prodigue duc de Choiseul, allié du marquis et des Crozat, dont les magnifiques jardins faisaient face au château d'Asnières ; du comte d'Argenson, son père, ministre de la Guerre, à Neuilly, qui avait fait appel aux architectes Cartaud et Franque ; et enfin, de la marquise de Pompadour à Bellevue, bâti alors par Gabriel.

     L’ensemble - les haras abritaient près de 140 chevaux et comprenaient un manège splendide - constitua au cours des années 1750, par son ampleur, le nombre de talents réunis et le faste déployé, l'un des plus fabuleux ensembles architecturaux des environs de Paris. Le domaine se voulait l'expression des ambitions politiques et artistiques d'un homme qui entendait rivaliser avec la marquise de Pompadour et dont la position éminente à la Cour était assurée par son père, le comte d’Argenson, ministre de la Guerre et grand ami de Louis XV.

 

Philippe Cachau

Docteur en Histoire de l'Art, spécialiste de l'architecture française des XVIIe et  XVIIIe siècles et de la dynastie des Mansart.

Auteur d'un ouvrage de référence sur la Cathédrale Saint-Louis de Versailles publiée aux éditions Somogy en 2009.

Des articles de fond sur les Mansart sont disponibles en format .pdf à cette adresse.

 

Conférence de Philippe Cachau le 22 mars 2011 au Studio-Théâtre d'Asnières sur le Château et les Haras d'Asnières.

 

     Le mardi 22 mars prochain, de 20h à 22h, au Studio Théâtre d'Asnières-sur-Seine, une conférence : "Le château et les haras d'Asnières : deux réalisations majeures de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711-1778)".

     Et le samedi 4 juin à 14 heures 30, Philippe CACHAU proposera une visite-conférence du Château d'Asnières.

     Elle sera l'occasion d'apporter un nouvel éclairage historique et artistique sur cet ensemble majeur des environs de Paris au milieu du XVIIIe siècle. D'une durée d' 1h30 environ, la conférence sera suivie d'une séance de questions de 30 mn.

 

Château d'Asnières. Cliché Ph. Cachau.

 

Château d'Asnières. Cliché Ph. Cachau

Les photographies sont de Philippe Cachau.

Le Château & les Haras d’Asnières en cinq questions :

une interview exclusive de Philippe CACHAU, docteur en Histoire de l’Art, pour la Société de Géographie Culturelle.

 

1 SGC - Cher Philippe, vous êtes historien de l’architecture française des XVIIe et XVIIIe siècles, et spécialiste reconnu des Mansart. Les Parisiens sont toujours surpris de trouver des chefs d’œuvre aux alentours immédiats de la capitale française, dans une ère géographique que l’on qualifie de banlieue, périurbaine mais pas encore provinciale. Pourquoi ce château à Asnières ?

 Ph. C. Ce château est établi à l'emplacement d'une première demeure, bâtie vers 1697-1698. Il connut une grande notoriété au début du XVIIIe en tant que résidence de la maîtresse du Régent, Mme de Parabère. Cette notoriété s'accrut au milieu du siècle quand Marc-René de Voyer de Paulmy d'Argenson, dit le Marquis de Voyer, rebâtit le château en 1750-1752 sous la forme d'un Grand Trianon à deux niveaux et sans ordres. Il y ajouta des haras en 1753-55 alors qu'il était directeur des Haras du Roi. Démoli en partie en 1804-1805, le Château ne conserve plus - et c’est déjà un miracle - que l'aile sur jardin. Le Château d'Asnières figure ainsi comme le dernier survivant d'une long chapelet de châteaux en bordure de Seine autour de Paris : Choisy, Bellevue, Saint-Cloud, Neuilly, Clichy, Gennevilliers...


2 - A quel style, à quel moment de l’Histoire de l’Art appartiennent le Château d’Asnières ? Quel est sa place dans l’oeuvre de Mansart de Sagonne ?

- Ph. C. Ce château relève de l'esthétique rocaille en vigueur jusque dans les années cinquante du XVIIIe siècle, années qui marquent le passage au Néo-classicisme. Asnières figure parmi les dernières grandes réalisations de l'architecture rocaille finissante. L'ensemble château-haras constitue, après la Cathédrale Saint-Louis de Versailles, la réalisation-phare de Mansart de Sagonne, en même temps que sa dernière commande importante. En 1755, l'achèvement des haras marque la fin de son activité d'architecte. Le Rocaille devenu alors obsolète et Mansart de Sagonne ne prisant guère la nouvelle esthétique classicisante, il décida d'arrêter l'architecture pour se tourner vers l'ingénierie (projets de canaux en France et à l'étranger).

 

3 - Versailles a été apprécié par Louis XIII comme lieu de chasse, le Château de Bellevue pour la qualité de son panorama et de ses jardins en terrasses. La propriété d’Asnières se distinguait-elle par quelque avantage spécial ?

Ph. C. La notoriété du domaine d'Asnières tenait tout d'abord à la qualité de l'architecture et des décors du château, réalisés par les plus grands maîtres du Rocaille : Nicolas Pineau pour les ornements, Guillaume II Coustou pour la statuaire, les Brunetti et Jean-Baptiste-Marie Pierre pour la peinture, Jacques Caffiéri pour les bronzes de cheminées, fenêtres, serrures et ameublement. Les boiseries du grand salon central - conservées au Château de Cliveden en Angleterre - constituèrent aux dires de Bruno Pons, le grand spécialiste des décors XVIIIe, "l'un des plus beaux ensembles décoratifs jamais réalisés en France" ! Ajoutons à cela, les haras au bout du domaine, qualifiés de "considérables" par Dezallier d'Argenville en 1755 : le manège y était plus vaste que celui du roi à la Grande Ecurie de Versailles. C'est dire ! Asnières marque aussi les débuts d'un jeune architecte de talent, Charles de Wailly (1730-1798), futur architecte du Théâtre de l'Odéon à Paris, qui réalisa le nouveau décor classicisant de la salle à manger en 1755. Il s'agit de sa toute première réalisation à son retour de Rome en 1754, souvent oubliée des spécialistes !

 

4 - On a l’habitude de raisonner sur les belles demeures comme on regarde un beau livre illustré, en évacuant les conditions économiques. La famille d’Argenson tirait-elle bénéfice de ses terres d’Asnières, et quels étaient les moyens financiers employés dans la construction puis dans la domesticité ? Y recevaient-ils souvent et de quelle façon ?

- Ph. C. Le domaine d'Asnières n'était pas un domaine agricole. Il s'agissait d'une demeure de plaisance avec potagers (anciens et nouveaux) pour la subsistance de ses occupants et de ses hôtes, et haras. Aux dires du Marquis d'Argenson, oncle du Marquis de Voyer, dans ses fameux mémoires, Asnières fut un gouffre financier : outre le château, les haras et son splendide manège furent financés par Voyer et ne lui causèrent que du souci. Cinq ans après les derniers travaux en 1755, le Marquis dut envisager de revendre le domaine au Duc de Bouillon pour 200 000 livres, mais la transaction n'aboutit pas. Asnières sera donc vendu en deux fois : les Haras en 1764 et le Château en 1769. Le Marquis de Voyer y sera resté à peine vingt ans ! Quant aux réceptions, on ne sait rien d'elles si ce n'est qu'elles devaient être à l'image du propriétaire : fastueuses !

 

5 - Par quel miracle Asnières est parvenu jusqu’à nous, et depuis quand est-il ouvert au public ?

Ph. C. C'est en effet un miracle que ce château soit parvenu jusqu'à nous, réduit à la portion congrue (il ne reste plus que l'aile sur jardin, la plus précieuse !). Occupé par une institution religieuse jusqu'en 1972, le château faillit bien disparaître face à l'inertie de la Municipalité, puis du Conseil Général, ses propriétaires successifs. Revenu dans le giron de la Ville d'Asnières au début des années 1990, le Château connut une campagne de restauration à partir de 1996, sous l'action courageuse, acharnée et patiente des ses habitants rassemblés au sein de l'Association des Amis du Château et du Vieil Asnières. Cette restauration devrait s'achever vers 2013, après de longues vicissitudes. Il est ouvert au public sur visite-conférence depuis 2009 (s'adresser à l'Office du tourisme).

 

Interview réalisée par Internet, et mise en ligne le 21 Mars 2011.

 

* * *


Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site